La loi AGEC prévoyait l’interdiction d’intégrer du plastique dans les gobelets à usage unique à partir de janvier 2026. Un jour avant sa mise en application, le gouvernement a publié un arrêté annonçant le report de cette mesure pour 2030, avec une tolérance d’une année supplémentaire pour l’écoulement des stocks. Décryptage.
La directive (UE) 2019/904 du 5 juin 2019 (directive SUP) impose aux États membres de réduire, d’ici 2026 par rapport à 2022, la consommation de certains produits plastiques à usage unique, dont les gobelets, et les autorise à en restreindre la mise sur le marché. La France a mis en œuvre ces restrictions avec la loi AGEC (2020), qui interdit dans un premier temps les gobelets 100% plastique à usage unique, ainsi que ceux en papier-carton contenant une fine couche de plastique, initialement à partir de janvier 2026.
Le gouvernement, dans la publication de son arrêté proposant le report de la mesure, affirme que “aucune alternative pleinement opérationnelle ne permet aujourd’hui une production industrielle de gobelets réellement sans plastique dans des conditions satisfaisantes pour les consommateurs, les entreprises et les exigences sanitaires”.
À ce jour, la quasi-totalité des gobelets en papier-carton est pelliculée d’une fine couche de plastique, généralement du polyéthylène basse densité (PEbd). Elle vise à garantir une meilleure étanchéité du gobelet.
Les alternatives au plastique dans les gobelets à usage unique pourraient être la technique de chimigreffage, les dépôts sol-gel, ou encore les traitements à base de microfibrilles de cellulose.
Cependant, ces différentes techniques ne sont pas suffisamment développées pour être produites à l’échelle industrielle, selon le gouvernement et les industriels.
Chimigreffage : consiste à greffer chimiquement des molécules à la surface du matériau pour le rendre imperméable sans film plastique
Sol-gel : consiste à appliquer une fine couche minérale protectrice formant une barrière étanche
Microfibrilles de cellulose : consiste à créer une couche dense de fibres végétales limitant le passage de l’eau et des graisses tout en restant biosourcée et biodégradable
Pour Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et spécialiste des matériaux plastiques, cette décision de report relève davantage d’un arbitrage politique que d’une réelle impossibilité technique. Interrogée par le journal La Croix, elle explique que des alternatives en 100% fibreux pourraient être envisageables :
« Ce n’est pas aussi étanche, on ne garde pas sa boisson pendant des heures. La question est de savoir si un léger confort d’utilisation doit justifier l’usage du plastique, alors que l’objet est par nature destiné à être jeté. »
Les gobelets cartons pelliculés sont très difficiles à recycler, car ce sont des déchets dits multimatériaux, qu’il faut traiter en conséquence. La couche plastique est difficilement séparable : elle ne se désagrège pas lors du pulpage, car le polyéthylène est hydrophobe. Cela entrave la récupération des fibres de cellulose et, par conséquent, dégrade la qualité de la pâte recyclée.
Aussi, les gobelets peuvent être une source de contamination pour le flux papier-carton. Certaines balles de papier-carton sont parfois entièrement déclassées, c’est-à-dire retirées de leur catégorie de qualité initiale, parce qu’elles ne respectent plus les critères exigés en raison de contaminations.
Une autre alternative sensiblement efficace contre le plastique à usage unique est le passage au réemploi ! L’utilisation de gobelets réutilisables est tout à fait compatible avec la distribution en machines, et pour assurer les retours des contenants, il est possible de les consigner et de les rendre à proximité du point de distribution.
L’exemple des gobelets illustre malheureusement les reculs actuellement à l’œuvre sur les questions de prévention de déchets. Le gouvernement rappelle régulièrement que la France est pionnière au niveau législatif dans la lutte contre la pollution plastique et très en avance en comparaison avec d’autres pays européens, mais cet argument devient souvent une justification pour ne pas respecter les objectifs fixés par la loi AGEC.
Les industriels pro-plastique s’attaquent d’ailleurs régulièrement au cadre réglementaire français, comme le montre la dernière campagne “TOO MUCH?” (« excessif » en anglais), les restrictions sur le plastique en France seraient “too much” et décorrélées des réalités industrielles et de consommation.
Pourtant, comme le rappelle Nathalie Gontard, la production de plastique n’est pas anodine :
« Chaque gramme de plastique que l’on produit est voué à rester sous la forme de micro ou nano plastiques pendant des siècles, voire des millénaires. »
Rappelons que même si la loi AGEC confère à la France le statut de pays le plus ambitieux sur la prévention des déchets plastiques, nous sommes très loin de son application. La France est le premier contributeur de la taxe plastique européenne, indexée sur les tonnages de plastique non recyclés.
Avec 800 euros/tonne de plastique non recyclée, et pour un total de 1,4 milliard d’euros de pénalités payées, nous faisons partie des très mauvais élèves de l’UE. La marge de progression est donc considérable, et reporter les échéances de sortie du plastique à usage unique ne fera qu’aggraver la situation.
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