Méthanisation et compostage obligatoires des biodéchets – qu’en est-il en 2026 ?

En 2024, l’obligation de tri des biodéchets pour tous entrait en vigueur avec la loi AGEC. Cette obligation, qui s’appliquait jusque-là seulement aux gros producteurs, se généralise, incluant maintenant les plus petits producteurs et les particuliers. Deux ans après, où en sommes-nous du tri et de la collecte des biodéchets ?

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Le 1er janvier 2024, le tri à la source des déchets alimentaires devenait une obligation, pour tous les ménages et sur les lieux hors foyers (entreprises, lieux ouverts au public, centres sportifs, etc). Les collectivités et entreprises sont alors amenées à mettre en place des points d’apport volontaires. Quel est le bilan 2 ans après ? Pourquoi la collecte séparée des déchets alimentaires est-elle un enjeu majeur d’économie circulaire ? Que deviennent ces matières organiques une fois collectées?

Le biodéchet : un déchet pas comme les autres

Jusqu’au 20ème siècle, le mot ‘déchets’, qui vient du verbe choir et qui désigne ce qu’on n’utilise pas et dont on souhaite se séparer, ne s’applique pas pour les matières organiques. En effet, celles-ci sont laissées dans les rues en attendant l’évacuation des « boues » par les chiffonniers et elles sont systématiquement utilisées pour nourrir les terres agricoles

Avec l’invention des engrais de synthèse, ces restes alimentaires deviennent déchets. On parle même de biodéchets, ou déchets alimentaires. 

L’incinération : une solution inefficace pour les déchets alimentaires

Les déchets alimentaires sont constitués principalement d’eau : ce sont les déchets les plus lourds et humides de nos poubelles. La dernière publication MODECOM, étude annuelle de caractérisation des déchets ménagers menée par l’ADEME, montre qu’ils représentent encore 32% des déchets résiduels des ménages.

Les trier en amont permet de réduire significativement le poids et le volume des poubelles, et de traiter ces déchets comme des ressources, en récupérant le gaz issu de la décomposition ou en produisant du compost, très nourrissant pour les sols. 

Pour rappel, en France, les déchets résiduels des ménages sont principalement envoyés vers l’incinération. Mais brûler des déchets alimentaires est très inefficace : une grande partie de la chaleur produite ne fait que « sécher » ces déchets dans un premier temps. Ils mettent du temps à brûler et ont un très faible pouvoir calorifique, contrairement à d’autres déchets secs. C’est dans ce contexte que la loi AGEC a instauré la séparation obligatoire des déchets alimentaires à partir de janvier 2024. Qu’en est-il deux ans plus tard ?

Un bilan contrasté côté ménages

D’après l’ADEME, à ce jour, près d’un français sur deux a accès à un point d’apport volontaire près de chez lui pour les biodéchets. En revanche, si 88% des Français pensent que faire le tri est important, seuls 56% trient réellement leurs déchets alimentaires. 

La marge de progression est donc encore très importante ! Parmi les freins identifiés, le média Les Déchéticiens a montré que les consignes de tri sont encore très disparates selon les territoires. Malgré l’arrêté du 15 mars 2022 qui liste les emballages et déchets compostables, chaque collectivité propose ses propres indications, en fonction des capacités industrielles locales pour la transformation en biogaz ou en compost.

Le déploiement des points d’apport volontaires (PAV) reste très inégal, les gestes de tri sont peu intégrés au quotidien et les craintes des odeurs et des nuisibles poussent une grande partie des habitants à se débarrasser au plus vite de leurs déchets alimentaires, sans les trier. 

La France en retard

À l’échelle européenne, la France reste plutôt en retard en comparaison avec ses voisins. Les fractions organiques des poubelles des ménages descendent autour de 15% dans les grandes villes italiennes pionnières dans l’incitation au tri. En Allemagne et en Autriche, c’est autour de 20%, de même pour les villes espagnoles. La Flandre, considérée comme une référence en la matière, atteint des taux inférieurs à 10%.

Qu'en est-il de la gestion des biodéchets en entreprise ?

L’obligation de 2024 par la loi AGEC s’applique également aux entreprises, peu importe le volume de biodéchets produit.

Les 3 types de biodéchets issus de l'activité économique

  • les déchets des points de vente : restes des traiteurs, des boulangers, des épiceries et autres commerces ayant des denrées alimentaires (tout produit alimentaire arrivé à péremption en vrac ou emballé)

  • les déchets de cuisine et de table : tous les déchets alimentaires, y compris les huiles de cuisson usagées, provenant de la restauration et des cuisines collectives publiques et privées et cuisines centrales

  • les déchets des industries agroalimentaires : les matières premières périmées (légumes, viandes, fruits…), les produits éliminés sur la chaîne de production (découpe de pâtes de biscuits ou viennoiseries, déversements de produits…), les produits non conformes ne pouvant être vendus (poids insuffisant dans les emballages, empaquetage hors norme, produits contaminés devenus impropres à la consommation…)

Source : ADEME

Une obligation qui concerne toutes les entreprises

Même si l’activité produit peu de biodéchets (bureaux, petites boutiques, etc.), toutes les entreprises sont soumises à l’obligation de tri à la source depuis janvier 2024. La matière organique exige des ramassages réguliers (1 fois/semaine minimum) pour des raisons évidentes d’hygiène et de nuisances.

Pour les gros producteurs (RIE, agroalimentaire, …), cela ne pose pas de problème puisque la quantité de biodéchets produite est suffisante. En revanche, pour les petits producteurs, le coût d’une collecte classique par camion devient vite disproportionné par rapport à la faible quantité de matière produite.

Le saviez-vous ?

Depuis l’entrée en vigueur de la réglementation, Lemon Tri récolte 45% de biodéchets en plus chez ses clients.

Cela s’explique grâce aux solutions de tri à la source et de collecte des biodéchets, avec contenants et collectes adaptés, que nous avons développées. Pour les plus petits producteurs, nous proposons un service de cyclo-collecte et des solutions de compostage sur place avec Easy to Compost.

Comment traiter les biodéchets ?

La méthanisation

Deux solutions permettent de traiter les 900 000 tonnes de biodéchets (chiffres 2025) de manière circulaire : 

La méthanisation consiste à stocker la matière dans une cuve, appelée digesteur, sans oxygène, à température constante (entre 35 et 40°). Les bactéries transforment la matière organique en biogaz et en digestat. Le biogaz est soit envoyé sur le réseau, soit utilisé pour produire de la chaleur, de l’électricité ou pour du carburant pour les véhicules. Le digestat est un liquide très concentré en azote, phosphore et potassium et est utilisé comme fertilisant agricole pour un retour au sol.

En France, il existe plus de 800 méthaniseurs, dont 80% sont directement installés chez des agriculteurs. Certains territoires investissent massivement dans cette source d’énergie. Le département de l’Orne, par exemple, champion de la méthanisation agricole, atteint quasiment sa souveraineté énergétique grâce à la méthanisation et alimente de nombreux foyers au biogaz. 

Le compostage

Le compost, lui, est issu du stockage de matière organique en présence d’oxygène. Les micro-organismes décomposent la matière en présence d’air et d’humidité. Le compost est issu de plusieurs phases :

  • Une première phase de décomposition, mélange et aération est nécessaire. Les micro-organismes commencent à transformer la matière

  • Une phase de dégradation et de montée en température : elle peut atteindre jusqu’à 70°. Les bactéries thermophiles dominent et les agents pathogènes sont détruits. 

  • Une phase de maturation : la température redescend, le compost ressemble davantage à de la terre, il est prêt à nourrir les sols en circuit court ! 

Attention aux emballages dits “compostables” – s’ils le sont dans des conditions industrielles, les mécanismes de tri pré-compost ou méthanisation ne sont pas adaptés à des emballages qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à du plastique. Ils sont évacués par les machines de tri car considérés comme des matériaux indésirables. Mieux vaut utiliser des emballages réutilisables !

Quels exemples d'acteurs dans la transformation des biodéchets ? 

De plus en plus d’acteurs s’organisent pour traiter ces déchets, dans un contexte où la réglementation incite à un meilleur tri.

Par exemple, Les Alchimistes, pionniers du compostage des déchets alimentaires issus des centres urbains, ont déployé toutes sortes de moyens de collecte, à vélo, en véhicules électriques et même à cheval ! Ils ont quelques sites de compostage en propre et travaillent avec plusieurs partenaires composteurs. Moulinot, entreprise d’insertion et spécialiste de la méthanisation, travaille avec les méthaniseurs agricoles locaux. Ils se chargent aussi de la massification, du déconditionnement, de l’hygiénisation sur leur site de Stains.

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