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LE RECYCLAGE DES MASQUES EN FRANCE

La crise sanitaire a ralenti l’activité humaine et donc la pression sur l’environnement. Cependant elle n’est pas inoffensive pour la planète, d’où la question du recyclage des masques chirurgicaux et FFP2, qui sont parfois simplement jetés dans les rues.

Une gestion pour le moment très polluante

Pendant le confinement, l’incinération des déchets infectieux a connu un bond de 40 à 50% selon la Fédération nationale des activités de la dépollution et de l’environnement (Fnade). Au même titre que les blouses et les gants en latex utilisés par le personnel hospitalier, les masques font partie des déchets infectieux à cause des germes qui s’y sont déposées pendant leur usage. Ces déchets sont, dans la majorité des cas, incinérés pour des raisons sanitaires, et leur production a explosé avec la crise sanitaire (lingettes, masques, gants…), d’où cette augmentation. L’obstacle majeur au recyclage des masques reste leur décontamination, assez technique. Qui plus est, ils sont constitués à la fois de papier, de plastique et de métal, ce qui rend leur recyclage plus technique car il est nécessaire de séparer ces matériaux pour les recycler.

Masques

Une émulsion scientifique pour une réutilisation des masques

Des groupes de recherche se sont formés sur le sujet des masques, mais leur action porte davantage sur leur réemploi sans danger que sur un recyclage. Un consortium réunissant notamment le CNRS, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et plusieurs universités et CHU a débuté depuis mars pour tenter d’éliminer la charge virale des masques après leur utilisation sans pour autant compromettre leur capacité de

Masque décathlon avec respirateur

protection, en vue de leur réutilisation. Entre autres, les scientifiques testent « un lavage avec un détergent à 60 ou 95 °C », « une irradiation par des rayonnements gamma ou bêta », « un chauffage à 70 °C en chaleur sèche ou humide, ou dans l’eau ». Certains résultats sont encourageants : « Nous avons montré que les masques chirurgicaux conservent leurs performances après un lavage jusqu’à 95 °C », dit Philippe Cinquin, membre du CNRS. Concernant les FFP2, le traitement à l’oxyde d’éthylène ou la chaleur sèche à 70°c permettraient d’éliminer leur charge virale. Ces résultats ne sont que préliminaires et n’ont pour le moment aucune qualité de consigne.

 

Un autre consortium à l’initiative d’un professeur de Stanford a réussi à créer un adaptateur reliant le masque de snorkeling EasyBreath de la marque Decathlon à un filtre antibactérien et antiviral (cf. photo ci-dessus). Ce système a permis au personnel soignant et aux patients d’éviter de propager le virus ou de l’attraper lors de la pénurie de masques. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a testé un prototype pour qu’il soit autorisé sur le marché. L’adaptateur a été ensuite fabriqué par milliers à Redon avant d’être envoyé en Italie et en France à destination du personnel hospitalier.

Alors existe-t-il des alternatives à l’incinération?

Différentes tentatives sont à l’essai en France, comme celle de l’entreprise Cosmolys, qui passe les masques une heure à 120 degrés et les broie pour ensuite les recycler. Autre initiative, celle de Plaxtil, entreprise française spécialisée dans le recyclage du textile en un plastique qui peut être réutilisé pour faire des visières ou pour l’industrie aéronautique. En 1 mois, l’entreprise a pu réutiliser 30 000 masques, qu’elle place d’abord en quarantaine avant de retirer leurs barres en métal. Les masques sont ensuite broyés et désinfectés aux ultraviolets avant d’être mélangés à du plastique pour créer de nouveaux objets. Plaxtil travaille notamment avec Audacie, structure d’insertion, pour trier le tissu.

Mais si ces initiatives sont prometteuses, l’élaboration d’une filière de recyclage à l’échelle nationale n’est pas encore à l’ordre du jour.

Comment éviter les masques jetables?

Les masques en tissu sont une bonne alternative aux masques jetables. Le site de l’AFNOR Spec (Association française pour la normalisation) est très utile: vous y trouverez un guide des normes à suivre pour confectionner vos masques, et pourrez être mis en lien avec des vendeurs sûrs.

Vous pouvez également privilégier un mode de production éthique de masques en tissu. Le Projet Résilience rassemble des PME du textile, des entreprises d’insertion et des entreprises œuvrant pour la re-localisation de l’industrie textile en France. Elles produisent des masques en tissu lavables jusqu’à 20 fois. Le projet s’est engagé à en produire 2 millions à partir de mars 2020. 

En effet, le lavage des masques en tissu se fait tout de même à 60 degrés, et leurs provenances et modes de fabrication ne sont pas toujours sans impact pour la planète eux non plus. Il s’agit donc ici de choisir les modes de production les plus vertueux pour se protéger du virus.

En résumé, les recherches avancent, mais le recyclage des masques n’est pas encore opérationnel en France. Pour optimiser leur gestion, il est nécessaire de jeter vos masques dans la poubelle tout-venant car les jeter dans un bac de recyclage entraîne le déclassement de l’ensemble de son contenu (pour des raisons sanitaires, les agents de tri et de collecte ne peuvent les manipuler pour les extraire du gisement). Les gestes de tri et les réflexes éco-responsables sont à prendre dans tous les domaines. Nous évoluons dans un contexte inédit, et c’est en partie par la civilité de chacun que la situation peut s’arranger.

Pour aller plus loin:

– Lisez l’article du Journal du CNRS sur les expérimentations sur les masques

– Regardez la vidéo sur la filière de recyclage des masques en France

– Lisez cet article du CNRS sur l’adaptation du masque de snorkelling Décathlon

Ils font confiance à Lemon tri